Passer par Shangai pour sauver Belfort

Pour survivre au XXIe siècle, les groupes industriels français doivent prendre pleinement conscience de l’importance de la Chine, à la fois comme menace technologique et comme opportunité de marché.

Les hommes politiques français ont semblé soudainement découvrir le passé d'Alstom. Tournés vers l'avenir, les investisseurs, eux, auront été récemment plus sensibles au sort d'une pépite de la French Tech, le fabriquant de drones Parrot. Sa talentueuse direction a, en effet, dû revoir considérablement à la baisse ses perspectives de développement, et ce, en seulement six mois, du fait d'une concurrence accrue, venue principalement de Chine et notamment de DJI, leader mondial des drones. Au même moment, un autre champion européen, Ericsson, se voyait contraint de remercier 20 % de ses employés suédois, notamment en R&D, subissant l'assaut du chinois Huawei, fort désormais de dépenses annuelles de recherche de l'ordre de 5,5 milliards de dollars.

Passant du statut d'« atelier du monde » à celui de « laboratoire du monde », la Chine ne s'attaque plus seulement aux industries d'hier : elle façonne désormais les secteurs de demain pour en conquérir le leadership. Qui influencera le plus les standards de la 5G : les 144 opérateurs télécoms européens ou China Mobile et ses 850 millions d'abonnés à lui tout seul ? Qui déterminera les spécificités de la voiture électrique sinon la Chine qui, comme le prédit Carlos Ghosn, achètera d'ici à quatre ans plus de véhicules électriques que de motorisations Diesel ?

Anticiper les évolutions

Pour autant, faut-il désespérer Belfort et signer l'arrêt de mort d'Alstom et de l'industrie française ? Certainement pas à la vue du récent Mondial de l'automobile, où des fleurons de nos équipementiers automobiles, comme Valeo ou Michelin, affichent des marges opérationnelles record provenant d'une vision à long terme très innovante face aux disruptions de leur secteur. Contrairement à Alstom, ils ont su anticiper les évolutions du marché chinois pour en saisir les opportunités, et évaluer son impact à l'échelon mondial, pour restructurer par anticipation leurs outils de production. Conséquence : Valeo compte aujourd'hui 30.600 collaborateurs de plus qu'en 2010.

De toutes ces situations contrastées s'imposent deux évidences. D'abord, le sort de nos groupes industriels au XXIe siècle ne se jouera pas dans l'ignorance continue de l'empire du Milieu. Il est nécessaire qu'ils se concentrent tant sur les opportunités de croissance offertes par la soif de consommation des Chinois que sur les menaces que pourraient représenter ces nouveaux disrupteurs globaux, que sont par exemple les champions Lenovo et Haier. Ils ne sont, en réalité, que l'avant-garde de la nouvelle industrie chinoise.

Ne pas brader nos technologies

Ensuite, notre technologie, lorsqu'elle est effectivement supérieure, va voir sa valeur planétaire croître de manière exponentielle. Il ne doit donc plus être question de la brader au rabais à des acteurs chinois, comme l'a fait PSA, pourtant abonné régulier au podium de premier dépositaire de brevets en France. La technologie est la clef pour que l'industrie française bénéficie sur le marché chinois de l'effet d'échelle qui a justement permis jusqu'à présent aux Etats-Unis d'étouffer dans l'oeuf les plus belles pousses de la technologie européenne.

Bon nombre de Français, face à une campagne encore vraiment primaire, peinent à choisir leur futur président de la République. Le meilleur critère de sélection ne serait-il pas de préférer celui ou celle qui, au retour d'un voyage d'études en Chine, présenterait au pays ses principales propositions, pour enfin faire rentrer notre société dans le XXIe siècle ?

D'ici là, espérons qu'à l'inverse du chant du cygne d'Alstom, le sifflement du perroquet Parrot préfigurera de splendides volées d'innovations. De celles que les Chinois continueront de nous envier.

David Baverez est un investisseur installé à Hong Kong. Auteur de « Génération tonique » (Plon, 2015)


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